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Témoignages

Angkor, la naissance d’un mythe

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Ce mardi 30 Décembre 2013, plusieurs membres de l’association Samaki Kohn Khmer ont eu l’opportunité d’explorer au musée Guimet, musée national des arts asiatiques, une exposition consacrée au mythe d’Angkor. Celle-ci montre comment le patrimoine khmer a été redécouvert et comment les monuments d’Angkor ont été présentés au public à l’époque des spectaculaires Expositions universelles et coloniales.

Voici le témoignage de Laura sur l’exposition :

« L’exposition garde une vision très française des temples. En effet, l’accent est surtout porté sur les explorateurs et les expositions en France (Paris et Marseille). C’est intéressant pour nous qui avons une double culture française et khmère d’avoir un autre regard sur l’héritage culturel de nos parents. Le travail de recherche et de transmission du patrimoine est notamment à féliciter. En effet, les pièces de l’exposition proviennent principalement de reproductions non destructives du patrimoine : moulages, croquis, photographies, plans,… Cependant, plusieurs années se sont écoulées depuis cette époque, mais l’exposition ne nous le montre pas. Le lien temporel avec l’actuel est comme coupé, le visiteur a alors du mal à situer l’exposition dans le temps. Qu’en est-il du patrimoine actuel ? La fondation Louis Delaporte est la fondation donatrice pour la plupart des œuvres mais que fait-elle aujourd’hui ?

Ce que j’ai trouvé regrettable, c’est un manque d’esprit d’ensemble. Pas de plans globaux des temples par exemple… on est un peu perdu. D’un autre côté c’est peut-être une façon de faire progresser le visiteur dans l’expo comme un explorateur dans la jungle. Il n’y avait pas de vue d’avion ou satellite à l’époque. Mais le principal point noir est que le point de vue cambodgien est absent. L’exposition dit à un moment que les fouilles ont été avec l’accord du roi, et c’est tout. On ne sait pas comment ils se sont débrouillés au Cambodge. Par contre, on sait très bien comment c’était pour exposer en France.

Donc, en conclusion, cette exposition est une représentation du regard de la France de l’époque du protectorat sur Angkor. Ainsi, un regard très français n’aura pas forcément le recul pour sentir les aspects négatifs de l’attitude colonisatrice de la France au Cambodge. »

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Voici un second témoignage de Léone :

« J’ai beaucoup apprécié l’exposition car elle a réussi à me transmettre la fascination et la passion de Louis Delaporte, explorateur français du début du XXème siècle, lorsqu’il a découvert les merveilles d’Angkor et a tenu à le faire découvrir au monde entier. C’est un hommage réussi d’un homme qui a combattu, malgré tous les obstacles, pour faire reconnaître que l’art et la civilisation khmers anciens sont de même niveau que ceux de Rome et d’Egypte. Croquis, moulages et expositions de qualité exceptionnelle, on découvre les merveilles du Cambodge tels qu’il les a présentés et défendus auprès de l’Occident, notamment à l’occasion de l’exposition universelle. Il ne s’agit pas d’une exposition qui explique les temples khmers : sans doute qu’une vie ne suffisait pas à Louis Delaporte pour apporter des explications sur un art aussi riche et complexe. C’est une exposition qui présente comment il a découvert ces merveilles. Les pièces présentées n’ont pas d’ordre particulier, sans doute parce qu’il n’a pas fait ces découvertes dans un ordre particulier. C’est une exposition qui invite à admirer, à donner l’envie d’en savoir plus sur les temples khmers, à donner l’envie de préserver ce patrimoine. C’était le souhait de Louis Delaporte et il n’y a plus qu’à espérer que le public du XXIème siècle sera plus sensible à son message que celui du XXème siècle. »

Pour plus d’informations sur l’exposition, cliquez ICI

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L’association Samaki Kohn Khmer

Pour un Cambodge meilleur

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Dimanche 28 Juillet 2013, aura lieu les cinquièmes élections dite « démocratiques » depuis la fin du génocide. Le peuple khmer se rendra donc aux urnes pour élire leurs futur gouvernement.

Samaki Kohn Khmer à pour ambition d’aider notre pays d’origine à travers des actions pacifiques tout en dénonçant les injustices que doivent supporter quotidiennement les plus démunis. Nous tenons à sensibiliser la diaspora Khmer du monde pour rassembler nos ressources et les mettre en œuvre dans un but commun :

Celui de soutenir notre nation qui subit tant d’affrontements, de persécutions, de maltraitances, que ce soit de la part des pays frontaliers mais aussi des groupuscules cherchant à tout prix la richesse et le pouvoir. Des sujets qui sont pour certains toujours d’actualités et où : « la loi du plus fort, du plus riche est celle qui l’emporte dans un monde ou la misère côtoie l’abondance. »

Nous unir, être solidaire, partager nos connaissances, notre savoir-faire, pour contribuer à faire cesser la destruction de nos ressources naturelles et du pays en lui-même. C’est aussi pour donner un message d’espoir, de paix et une direction à suivre à nos chers compatriotes.

Nous sommes partisans auprès de ces femmes et hommes qui sont prêts à sacrifier leurs vies pour un avenir meilleur au Cambodge.

« Il ne suffit plus dorénavant de se dire Khmer mais d’agir comme tel »

 Dara Samaki Co-President

A la rencontre d’un homme prêt à mourir pour sa patrie

62789_10151299879794229_1398613208_nPhoto par Norra Souloy

En ce jour, les anciens pleurent…même ceux que l’on ne voit d’habitude jamais pleurer.

Ce sont nos parents, nos amis et nos compatriotes khmers de France. Ils versent quelques larmes de  joie à l’arrivée de Sam Rainsy ; l’espoir de toute une nation. Lui-même ne peut contenir ses larmes. Il est accueilli par ces anciens qui le soutiennent depuis plus de 20 ans. Ce sont des sourires et des visages qui lui sont familiers. Ils sont incapables de tourner la page et de vivre dans l’ignorance d’un peuple khmer gangréné par un régime dictatorial. Soudain, les bras se lèvent et les gens scandent les slogans: Cheyo ! Pdo ! Lek Pram Pi (Vive le Cambodge ! Le changement ! Votons n°7).

On peut constater que très peu de jeunes assistent à cette rencontre. Probablement par désintérêt, incompréhension ou tout simplement parce que leurs parents les ont préservés de leurs propres souffrances.

A ce moment même, dans différents pays du monde, a lieu des rassemblements de notre communauté pour le respect des : « accords de paix de Paris du 23 octobre 1991 » (relatifs à la Souveraineté, l’Indépendance, l’Intégrité et l’Inviolabilité territoriales, la Neutralité et l’Unité Nationale du Cambodge). Notamment, pour des élections libres, justes et équitables le 28 juillet 2013 car les khmers vivent encore dans une politique de terreur où règne la menace, la peur et la pauvreté alors que le pays dispose de richesses inexploitées.

Sam Rainsy a parcouru différents pays à la rencontre de la communauté khmère tels que les Etats-Unis, la Hollande, la Belgique, l’Allemagne, le Danemark ect… pour revenir en France sa terre d’exil. Fort d’un soutien international, il a aussi une lourde responsabilité qui lui incombe : celle du changement pour un Cambodge libre et indépendant.

Il sait apaiser et redonner de l’espoir. Il faut dit-il: « redonner la dignité humaine et une lueur d’espoir aux pauvres, à ceux qui n’ont pas accès aux soins de santé, ceux dont les droit fondamentaux sont déniés (maltraitance, emprisonnement en toute illégalité, évictions forcées…). » Il pense aussi à un avenir démocratique pour les prochaines générations. « Il faut se réunir et travailler ensemble dit-il afin de défendre notre nation.  Il est encore temps de réagir et de sauver notre patrie pour l’avenir de nos enfants. On doit se tenir la main pour écrire une nouvelle page de l’histoire khmère. Une histoire qui restera gravée dans la pierre. »

Tout le monde sait que le Cambodge n’est qu’une façade de démocratie. Les votes sont fraudés et monnayés. Mais, même avec tout l’argent du monde dit-il : « Rien ne vaut la valeur de nos terres. »  Ce royaume que nos ancêtres ont construit depuis des millénaires et qu’ils ont défendu à leurs risques et périls. (Aparté sur d’anciens généraux qui sont morts pour le Cambodge: Lok Oknha et Khleang Moeung). Il est important de respecter ces ancêtres et de tout faire pour sauvegarder la civilisation khmère y compris notre patrimoine, notre culture, notre langue » Il porte en lui un amour sincère envers son pays : Une patrie que je ne pourrais jamais trahir, dit-il ». « Khmer srolagne Khmer »  et Vive la solidarité nationale !

Il est prêt à tout pour sauver sa patrie : «  La prison et la mort me guettent mais si je dois mourir je veux pouvoir crier haut et fort : Cheyo Kampuchéa Amatak ! Vive le Cambodge immortel et éternel !

Il est doté d’une force intérieure et d’un parcours hors du commun. Pour rappel, il s’est résigné, comme un grand nombre de nos parents, à une vie d’immigrée pauvre en France après avoir fuit le régime des khmers rouges. Il s’en sort brillamment au niveau scolaire et professionnel mais ne peut se contenter de gagner beaucoup d’argent quand son pays s’enfonce dans la barbarie. Il se lance alors dans les actions humanitaires en faveur des victimes du génocide puis dans la politique avec sa femme en reprenant le flambeau de son père souvent au péril de sa vie. Et de là, débute son combat pour la renaissance du Cambodge.

Pour en revenir à notre rencontre, suite à son discours qui captive son auditoire, on ne peut que s’émouvoir face aux témoignages de chacun. Même lui, essuie quelques larmes d’un revers de la main. Puis, tout le monde termine par une note joyeuse et par des chants patriotiques tels que « Chun Cheat Khmer » (peuple khmer). Des paroles pleines de sens : « Tuos bey khmer teuv neuv protés na treuv kom plech tha yeung kaeut pi chiem khmer »  Où que vous soyez n’oubliez pas que vous avez du sang khmer !!!

Je dédie ce témoignage à l’ancienne génération de khmer qui continue de se battre à ses côtés depuis des années, à l’ensemble de la communauté khmère dans le monde, aux défenseurs des droits de l’homme, à tous les membres de Samaki Kohn Khmer (la jeunesse khmère de France engagée) et profond respect à celui qui est prêt à risquer sa vie pour sauver le peuple khmer !

(A Lyon, le samedi 13 juillet 2013)

So SKK

Des villages désertés

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Battambang est une province magnifique avec de belles filles, de beaux garçons et des petites maisons qui ont gardé leur charme d’antan. C’est un lieu où il fait bon vivre. Toutefois, on ressent un vide qui s’installe. Dans certains villages on pourrait faire un « remake » de film Western.

On peut apercevoir quelques personnes âgées habillées en sarong, déambulant dans les petits chemins boueux. Quelques fois dans la rue principale, seulement deux maisons sont habitées, les autres, portes et fenêtres sont fermées, il ne reste que les « stickers » (autocollants) du PPC collés sur la devanture. Non ! Il n’y a vraiment plus rien !

Mais où est passé tout ce monde ? Si vous avez eu l’occasion d’entendre les différents slogans ou chansons du CNRP, vous connaissez la réponse. Ils sont tous partis en Corée du Sud, en Malaisie, en Chine ou bien en Thaïlande. Les jeunes partent souvent en couple vers ces pays, pensant trouver un eldorado, laissant derrière eux, enfants et vieux. Ils n’ont pas le choix, au Cambodge il n’y a pas beaucoup d’opportunités. Certains s’en sortent, ils arrivent à envoyer de l’argent tous les mois à leur famille restée sur place, d’autres beaucoup moins.

Ceux-là connaissent un sort moins glorieux, souvent se sont des jeunes filles, à qui on leurs avait promis un travail dans une usine de confection avec un salaire plus avantageux qu’au Cambodge. En arrivant sur place, les illusions s’évaporent. La plupart d’entre elles sont maltraitée ou deviennent des esclaves sexuelles pour des hommes sans aucun scrupule. Elles en ont honte et pourtant elles n’ont pas eu le choix. Elles se demandent « comment revenir après avoir été salie de la sorte ? ».

Ces histoires, nous les avons tous entendus au moins une fois, ce n’est pas nouveau ! Mais ici ceux ne sont pas que des histoires, c’est une réalité qui touche toutes les familles, sur cinq enfants, au moins deux d’entre eux sont partis vers les pays limitrophes afin de gagner un peu d’argent. Toutefois, restons positifs et espérons que le « 7 » prendra place…

Reaksmey Eng Correspondante France/Cambodge

FIN DE L’EXIL, RETOUR OFFICIEL DE SAM RAINSY AU CAMBODGE EN VUE DES ELECTIONS

Les élections législatives cambodgiennes du 28 juillet arrivant à grands pas, aujourd’hui le chef de l’opposition au  gouvernement, Sam Rainsy, a pris une importante décision : celle de retourner au Cambodge pour la campagne électorale malgré son statut d’exilé politique.

Sam Rainsy, à la tête du CNRP, parti de sauvetage national luttant pour la démocratisation du Cambodge depuis plus de 20 ans, a été contraint à la situation d’exil depuis 2009. Sam Rainsy voulant défendre le territoire national face aux problèmes de frontières entre le Cambodge et le Vietnam est accusé de « destruction de biens publics » pour avoir déplacé six bornes marquant la frontière avec le Vietnam.

 « Le 25 octobre 2009, le chef de l’opposition, en déplacement dans la province de Svay Rieng, avait provoqué la colère des autorités vietnamiennes en déplaçant ces bornes. Selon le Vietnam, qui dénonce ces « actes pervers » ces bornes avaient été installées en 2006 après qu’un accord ait été trouvé entre les deux gouvernements ».

 Afin d’éviter l’emprisonnement, Sam Rainsy n’a jusqu’ici pas eu d’autres choix que l’exil politique. Selon ses propres mots « au Cambodge les opposants à Hun Sen n’ont que trois issues : la prison, l’exil ou la mort ».  Pour rappel, le 30 mars 1997 Sam Rainsy a été victime d’un attentat à la grenade au Cambodge faisant plusieurs morts parmi les partisans de son parti d’opposition (à l’époque le PSR, aujourd’hui rallié au CNRP).

En prenant la décision de retourner au pays pour soutenir le peuple cambodgien dans son tournant démocratique, Sam Rainsy s’expose à d’importants risques personnels. Le chef de l’opposition risque certainement d’être accueilli par la police, de faire face à des arrestations, condamnations, voire à de nouvelles tentatives d’assassinat mettant sa vie en danger.

Linda SKK